« Vois », contribution du poète Alain Naud pour le récital La Différence

Né en 1952 dans le Loiret en France, Alain Naud mène des études de philosophie, d’ethnologie puis de lettres modernes, avant d’enseigner le français durant une quinzaine d’années. Après avoir été principal de collège, il devient Proviseur d’un Lycée Professionnel dans le Loir-et-Cher. Il a fondé et animé dans les années 1980 l’association ARDENCE (promotion de la poésie contemporaine expression française) : bulletins, Prix Claude Ardent-édition sur manuscrit, réalisation d’une exposition consacrée à Guillevic, spectacles… Et connaît bien la Côte d’Ivoire pour y avoir vécu (Korhogho). Aujourd’hui il évolue avec l’association Caravane des Poètes dans le Centre Val de Loire.

 

 

Vois

Vois comme dansent les voyelles
du poète sur les ponchos des hommes
quand la flûte de roseau ondule
la laine des lamas

Traits burinés à l’instar
de leur terre ravinée

Vois comme vole la daba
pour une promesse de mil
quand à la nuit les griots
content l’histoire des hommes

Altières les femmes de l’eau qui portent
jusqu’aux cases les calebasses

Vois comme la graisse de phoque
tient lieu de chaleur
qui luit dans les yeux des inuits
sans faire fondre la banquise

Nuits accoucheuses d’aurores
qu’évoquent les voyelles du poète

Vois comme trace la géométrie
ces champs étagés suspendus
quand les pieds et les mains
plissent l’eau des regards

Grains de riz et de beauté
Ode des lotus dans les pagodes

Vois comme les hommes s’affairent
aux corbeilles d’argent
pour multiplier les pains
dont manquent leurs voisins

Ainsi brûlent les forêts
Ainsi brûlent les glaciers

Vois encore ce damier d’îles
ces atolls en farandoles
où sous l’eau s’égaient les vivantes
voyelles qui font rêver

Hommes des voiles et des pirogues
et ça rame et ça pagaie

Vois comme ces hommes de par le monde
cultivent les voyelles
A noir E blanc I rouge
O bleu U vert ces voyelles

qu’assemblent les hommes pour écrire
Amour et Fraternité
dans la richesse de leur diversité

Les mots ont besoin de voyelles
plus encore quand elles s’incarnent

entre charmes et larmes
dans l’universel des hommes

Que les hommes tournent la kola dans leur bouche
qu’ils tournent manège dans leur cirque
qu’il tournent bourriques avec leur mule
qu’ils tournent en rond dans leur igloo
qu’il tournent voiles pour prendre vent
obis ou saris autour des hanches

Vois
C’est la terre qui tourne

même quand les voyelles s’entrechoquent
en vilains hiatus
sous de sordides laïus

Oui
c’est la terre qui tourne

Vois et va jeunesse
au devant de l’Autre
cette autre part de toi-même

Ne tourne pas bride
et sache que toujours
avec les voyelles du poète
tu écriras les mots
Amour et Fraternité

(Merci Rimbaud)

 

Alain Naud

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *